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L’hiver dedans

publié le 29 janvier 2011, dans la catégorie Nouvelles, par Jean St-Hilaire

L’hiver dedans

Les Fêtes distraient. On se rencontre, on se tapisse la panse de douceurs, on malmène (sans remords) l’art des grands-parents, si bien qu’on diffère (avec remords) son second regard sur un petit Jésus de convention entraîné dans un petit monde en détresse…
Retour sur L‘hiver dedans, de Maryse Lapierre, bourse Première œuvre de Première Ovation pour 2010. Lue aux Impressions d’ici du Périscope, en décembre dernier, la pièce a ému. À raison car on y souffre avec fraîcheur, humour et intelligence. L’auteure est comédienne, ses dialogues coulent avec justesse, comme de source. Mais surtout, sa vision de l’intime se tisse finement au vague à l’âme de notre époque.
L’œuvre est une touchante étude de la peine d’amour, de la solitude et d’un certain sentiment du vide. La protagoniste en est une jeune femme hantée par sa rupture d’avec son amant, une séparation brusque qu’elle n’arrive pas à s’expliquer. En exil de l’amour donc, elle déménage dans un logement où elle a pour voisin de palier un ingénieur, spécialiste des ponts de son état, un gars très solitaire, et partant, malhabile à relier les rives humaines. Cet ours social a une mère aimante et un peu couveuse, elle aussi habitée par une vive solitude depuis la mort de son mari. En visite chez son fils pour la Noël, elle y est surprise par une interminable tempête. Elle s’attarde donc, et comme elle est liante, elle noue amitié avec la fille d’à côté, sans arriver à ses fins de marieuse toutefois.
Avec originalité et simplicité, le texte envoie face à face le vécu des personnages et l’expérience du public. C’est sa grande force. Il soulève des questions sur la perte d’amour, sur son absence, sur l’espace exigu de la spiritualité dans nos vies, et ce, sans donner de leçon. Tout ça est cristallisé par un élément de récit drôle qui accuse la perte de sens de la vie moderne. La jeune esseulée a commandé par Internet une crèche qui lui est parvenue sans petit Jésus… Ce n’est pas qu’elle prête beaucoup foi au poupon sauveur, mais le vide laissé par la figurine manquante la happe de toute sa puissance symbolique. La crèche sans Jésus, c’est la cassure avec une tradition en sursis, mais restée chère à notre soif de rituels ; c’est la nostalgie d’un mythe attendrissant, d’une vieille harmonie rompue sans qu’on ait prévu un ordre sensible pour la remplacer.
La pièce ira en production, prenez rendez-vous avec elle. Sans accabler, elle invite à une salutaire méditation sur nos temps impatients et confus. Jouée en l’état où elle nous a été révélée en décembre, elle passerait le test de la scène. Mais elle peut aller plus loin dans sa volonté de transmettre un pouvoir au public. Un personnage reste un peu en plan, celui de l’ingénieur. Le texte ne le convie pas à son dénouement, l’abandonne un peu précipitamment à sa solitude. Il la qualifie bien, certes, mais l’homme la porte comme une telle chape de plomb qu’elle impose qu’on y voie de plus près. À quoi tient le désespoir de ce gars ? Pourquoi ce consciencieux traceur de ponts entre les humains s’interdit-il tout commerce avec leur quête d’amitié ou d’amour ?…

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